Comme souvent j'ai commencé à photographier un peu par instinct, sans trop savoir où me mèneraient ces images qui s'accumulaient peu à peu. Ce n'est qu'à l'occasion d'une discussion avec un ami venu me rendre visite, alors que nous divaguions ensemble sur l'une des collines qui font la topographie si particulière de Besançon, que j'ai commencé à percevoir le lien qui se nouait entre elles. De cette ville dont je n'étais pas originaire et dans laquelle j'avais été amené à emménager un peu par hasard, je ne photographiais que quelques-unes de ses facettes. Des endroits où je ne me rendais jamais par nécessité, mais pour lesquels je ressentais une attirance très forte. Lorsque je regarde mes planches contacts aujourd'hui, alors que j'ai quitté Besançon depuis plusieurs mois, je prends conscience que je n'ai photographié de cette ville que des espaces semi-urbains, à la marge, des interstices naturels dans l'enceinte de la grande ville. Rien du centre ville où je résidais, pourtant si réputé pour son homogénéité ; rien des quartiers plus récents ; rien des grands ensembles de la ville, dont on parle régulièrement dans la presse. La démarche à suivre s'est ainsi imposée comme une évidence. Le projet et l'idée qui le sous-tendait étaient déjà là, il n'y avait plus qu'a poursuivre dans la voie, à dérouler le fil.

La démarche adoptée s'énonce dans les propositions suivantes :
- Les abords pour les abords de la ville, son pourtour, zones de transition, espaces dans la ville et pourtant non urbains ;
- Les abords pour rendre compte de la démarche adoptée ici : aborder un espace, un lieu, se confronter à lui, à son ambiance, à ce qu'il veut bien dire de lui à travers son agencement, les perspectives qu'il offre sur d'autres espaces de la ville, le rôle ou les rôles qu'on lui a dévolus, volontairement ou inconsciemment, etc. Aborder un même lieu, afin de le documenter. La série est ainsi construite par agrégats de micro série qui visent à documenter un même lieu, souvent très circonscrit, sous différents angles.
- Et bien plus : ne chercher à documenter qu'une seule des facettes de la ville, ni la vieille ville, ni ses faubourgs, ni les quartiers plus récents, les grands ensembles, les axes de communication, etc., mais suivre plus ou moins le tracé de la rivière sur laquelle la ville s'est construite et s'égarer plus ou moins longtemps sur l'une ou l'autre de ses collines : principalement Bregilles d'un côté, en partie construite, Rosemont de l'autre, plus sauvage dans son ensemble, et dont l'une des faces est quasi-méridionale ; s'attarder sur les rives du Doubs à plusieurs reprises pour saisir ce qu'elles montrent de nous, sur certains des ponts qui l'enjambent par endroits, sur de petits détails (types de déchets notamment), un bâtiment remarquable d'un quartier périphérique (Velotte).
- Terminer la série sur une vue de la ville moderne du point de vue de l'une de ses collines (quartier de Planoise vue de la colline de Rosemont) et faire ce constat : nous sommes dans la ville sans y être vraiment. D'où cette interrogation : quel regard portons nous sur ces espaces naturels semi urbains dans les villes ? Nous disons vouloir les préserver mais en sommes-nous bien capables ? De Rosemont on entend une circulation incessante qui vient se fondre avec les chants des oiseaux et parfois celui des criquets... Dans quelle mesure ces deux environnements, urbains et non urbains, peuvent-ils réellement cohabiter ? Pour combien de temps encore ?

Grenoble, mars 2020
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